MonsieurDPE

170 000 passoires sont à côté d'un réseau de chaleur sans le savoir

L'essentiel. En croisant les diagnostics de l'ADEME avec les tracés des réseaux de chaleur publiés par France Chaleur Urbaine : 119 961 logements classés F ou G sont à moins de 100 mètres d'un réseau de chaleur sans y être raccordés, et 50 039 autres entre 100 et 200 mètres. Parmi eux, 45 212 se trouvent dans un périmètre de développement prioritaire, où le raccordement peut être rendu obligatoire lors d'une rénovation importante. Neuf sur dix sont des appartements.

Un réseau de chaleur, c'est une chaufferie collective de quartier qui alimente en eau chaude des dizaines d'immeubles par des canalisations enterrées. La France en compte 1 307. Ils chauffent aujourd'hui une petite minorité des logements, alors que la stratégie énergétique nationale prévoit d'en multiplier l'usage.

La question que personne ne posait, faute de pouvoir la calculer : combien de passoires énergétiques ont un réseau qui passe littéralement sous leurs fenêtres ?

Combien de passoires pourraient se raccorder à un réseau de chaleur ?

Nous avons rattaché chaque diagnostic à son bâtiment réel, puis mesuré la distance de ce bâtiment au réseau de chaleur le plus proche. En ne gardant que les logements classés F ou G dont le diagnostic ne mentionne aucun réseau de chaleur :

Distance au réseauLogements F ou G non raccordés
moins de 100 m119 961
100 à 200 m50 039
200 à 400 m54 156

Soit 170 000 logements à moins de 200 mètres, et 224 000 à moins de 400 mètres.

La répartition par type de bien est sans ambiguïté : 160 645 appartements pour 3 249 maisons. C'est logique — les réseaux de chaleur sont un équipement urbain, et se raccordent à des immeubles, pas à des pavillons isolés. Cela veut dire aussi que la décision ne se prend presque jamais seul : elle se vote en assemblée générale de copropriété.

Qu'est-ce qu'un périmètre de développement prioritaire ?

C'est un périmètre défini autour d'un réseau classé, à l'intérieur duquel tout bâtiment neuf, et tout bâtiment qui refait son installation de chauffage au-delà d'un certain seuil de puissance, a l'obligation de se raccorder — sauf dérogation.

Autrement dit : dans ces zones, un propriétaire qui remplace sa chaudière sans se poser la question peut se retrouver hors des clous.

Sur notre décompte, 45 212 logements F ou G non raccordés se trouvent dans un tel périmètre, répartis sur 175 réseaux et 75 départements. Ce sont les dossiers où l'information n'est pas seulement utile : elle est susceptible de changer une décision de travaux.

Quels sont les exploitants concernés ?

Chaque réseau a un exploitant identifié. Sur les logements en périmètre prioritaire, les principaux sont :

ExploitantLogements F ou G concernésPart d'énergies renouvelables
ELM (Dalkia)6 43062,4 %
Ilenergie (Dalkia)3 24266,9 %
Strasbourg Centre Energies2 47268,8 %
PCE (Engie Solutions)2 00466,6 %
UEM1 61072,0 %
Régie Ivryenne de réseau de chaleur1 54475,5 %

Sur l'ensemble du pays, Dalkia exploite 154 réseaux, Engie 106 et Idex 39. Mais le point qui surprend est ailleurs : la majorité des réseaux français sont exploités par des régies, des communes ou des syndicats intercommunaux, pas par les grands groupes.

Un raccordement fait-il gagner une lettre ?

C'est la question que tout propriétaire posera, et nous préférons y répondre franchement : cela dépend du réseau, et nous ne le chiffrons pas ici.

Ce qui est certain, c'est le mécanisme. L'étiquette climat d'un logement dépend directement du contenu en CO₂ de son énergie de chauffage. Le gaz naturel se situe autour de 0,227 kg de CO₂ par kilowattheure. Les réseaux de chaleur, eux, varient énormément selon leur mix : certains dépassent ce niveau, d'autres descendent très bas. Sur les réseaux proches de nos passoires, la médiane est de 0,157 — et 46 235 de ces logements sont à côté d'un réseau sous 0,06, soit près de quatre fois moins carboné que le gaz.

Sur ceux-là, le raccordement déplace l'étiquette climat sans toucher à un seul mur.

Deux précautions, cependant. La réglementation retient pour chaque réseau un contenu CO₂ fixé par arrêté, qui n'est pas nécessairement celui publié sur les sites d'information : c'est cette valeur-là qui entrera dans le calcul de votre DPE. Et l'étiquette énergie, elle, ne bouge pas de la même façon que l'étiquette climat. Faites chiffrer avant de voter, pas après.

Comment savoir si mon logement est concerné ?

Nous avons ouvert un outil qui répond à cette question à partir de votre seule adresse : il cherche le réseau le plus proche, vous donne son exploitant, sa part d'énergies renouvelables, s'il vous place en périmètre prioritaire, et la marche à suivre pour demander une étude.

C'est gratuit et nous ne conservons rien.

Une précision d'honnêteté : le test d'éligibilité et la mise en relation avec l'exploitant existent déjà, gratuitement, chez France Chaleur Urbaine, le service public du ministère de la Transition écologique. Nous nous appuyons sur leurs données et nous renvoyons vers eux pour la mise en relation. Ce que nous ajoutons, c'est le lien avec votre diagnostic : savoir qu'on est raccordable ne dit pas ce que cela change à l'étiquette.

Comment cette mesure a-t-elle été faite, et où elle s'arrête

Chaque diagnostic est rattaché à son bâtiment grâce à la base de données nationale des bâtiments du CSTB, dont nous n'avons retenu que les rattachements les plus fiables. La distance au réseau et le périmètre prioritaire viennent de cette même base ; les noms d'exploitants, taux d'énergies renouvelables et contenus CO₂ viennent de France Chaleur Urbaine, qui résout 723 des 724 identifiants de réseau rencontrés.

La limite principale doit être dite, parce qu'elle empêche une conclusion tentante. Les tracés de réseaux sont transmis par les communes et les exploitants, et complétés au fil de l'eau : la couverture n'est pas exhaustive. Un logement absent de ces données n'est donc pas nécessairement loin d'un réseau — il peut simplement dépendre d'un réseau non encore cartographié.

C'est pour cette raison que nous ne faisons jamais l'inverse de ce décompte. Nous ne disons pas d'un diagnostic qui déclare un réseau de chaleur qu'il se trompe : nous n'avons pas de quoi l'affirmer. Ce chiffre signale une opportunité à des propriétaires qui l'ignorent, il ne met personne en cause.