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Rénovation énergétique : les vrais coûts, audit par audit

L'essentiel. D'après notre analyse des 777 875 audits énergétiques réglementaires de la base publique ADEME, réalisée le 18 août 2026 : le scénario de rénovation principal coûte 49 129 euros en médiane (moitié des projets entre 29 423 et 68 791 euros), sortir un logement G vers la classe B coûte 45 742 euros en médiane, et 94,8 % des scénarios menés à terme atteignent la classe A ou B. Ces montants sont des chiffrages d'auditeurs, pas des factures.

Depuis 2023, la vente d'une maison classée F ou G impose un audit énergétique réglementaire : un document qui décrit des scénarios de travaux, étape par étape, avec leurs coûts et les étiquettes atteintes. Ces audits, versés à une base publique de l'ADEME, forment le plus grand catalogue de projets de rénovation chiffrés du pays. Nous avons analysé les 777 875 audits actifs. Le chiffre central tient en une ligne : le scénario de rénovation principal, mené à son terme, coûte 49 129 euros en médiane. Et derrière cette médiane, une dispersion qui raconte la vraie difficulté de l'exercice.

Qui sont les logements audités ?

Premier constat : la base des audits ne ressemble pas au parc. À l'état initial, 59,5 % des logements audités sont classés F ou G (246 076 F et 196 823 G sur 744 561 états initiaux étiquetés), contre 8,9 % dans la base générale des DPE. Rien d'étonnant : l'audit est précisément obligatoire pour vendre une passoire. Les coûts qui suivent décrivent donc la rénovation de logements très dégradés, majoritairement des maisons anciennes, pas celle d'un logement moyen. Cette précaution de lecture change tout : appliquer ces montants à un logement D ou E déjà partiellement amélioré reviendrait à surestimer la facture, puisque les scénarios chiffrés ici partent le plus souvent d'un bâti où presque tout reste à faire. À l'inverse, pour le vendeur d'une passoire, cette base décrit très exactement sa situation, ce qui en fait la référence de cadrage la plus pertinente qui existe.

Combien coûte le scénario de rénovation complet ?

Chaque audit propose un scénario principal en plusieurs étapes de travaux. À l'étape finale, sur les 692 533 scénarios dont le coût est renseigné :

  • coût médian : 49 129 euros ;
  • premier quartile : 29 423 euros, un quart des projets coûte moins ;
  • troisième quartile : 68 791 euros, un quart des projets coûte plus.

L'objectif visé par ces scénarios est ambitieux : 94,8 % d'entre eux atteignent la classe A ou B (434 746 scénarios aboutissent en A, 296 583 en B). C'est la logique de la rénovation performante inscrite dans la réglementation de l'audit : les scénarios doivent viser, sauf contraintes, le niveau B au moins.

Quel budget pour sortir une passoire du statut F ou G ?

Le croisement de l'étiquette initiale et de l'étiquette finale donne les ordres de grandeur les plus utiles au propriétaire :

TrajetNombre de scénariosCoût médian
G vers A85 36756 680 €
G vers B78 02045 742 €
G vers C13 33736 074 €
F vers A126 47755 806 €
F vers B80 40244 847 €
F vers C11 27036 200 €
E vers B71 56841 682 €

Deux lectures s'imposent. D'abord, l'ambition coûte : viser A plutôt que B depuis une étiquette G renchérit le projet d'environ 11 000 euros en médiane, et viser B plutôt que C d'environ 9 700 euros. Ensuite, le point de départ pèse moins qu'on ne l'imagine : partir de G plutôt que de F ne majore le coût médian que d'environ 900 euros à objectif égal. La rénovation performante est un forfait plus qu'un rattrapage proportionnel.

Que coûte chaque poste de travaux ?

Les 12,4 millions de lignes de travaux chiffrées dans les audits permettent de décomposer la facture, en coût médian par intervention :

  • système de chauffage : 13 188 euros, le poste le plus lourd, tiré par les pompes à chaleur ;
  • énergies renouvelables (photovoltaïque, solaire thermique) : 11 605 euros ;
  • isolation des murs : 8 414 euros, avec la plus forte dispersion (de 2 386 euros au premier quartile à 18 850 euros au troisième, selon qu'on isole par l'intérieur ou par l'extérieur) ;
  • toiture et plafonds : 3 932 euros ;
  • eau chaude sanitaire : 3 693 euros ;
  • planchers bas : 3 517 euros ;
  • portes et fenêtres : 3 304 euros par intervention, le poste le plus fréquent (2,7 millions de lignes) ;
  • ventilation : 1 583 euros.

La hiérarchie bouscule une idée reçue : le remplacement des fenêtres, geste préféré des ménages, est l'un des postes unitaires les moins chers, quand l'essentiel du budget d'une rénovation performante part dans le couple chauffage-murs.

La précaution qui s'impose : des devis, pas des factures

Ces coûts sont ceux que les auditeurs inscrivent dans leurs scénarios, le plus souvent proposés par leur logiciel d'audit, parfois ajustés au projet. Ce ne sont ni des devis d'artisans ni des factures acquittées. Nos analyses internes montrent d'ailleurs que le logiciel utilisé par l'auditeur explique une part importante des écarts de chiffrage, davantage que la géographie du bien. C'est pourquoi cet article ne publie aucun prix au mètre carré : la donnée fiable est la distribution (médiane, quartiles), pas la valeur unitaire. Un propriétaire doit lire ces montants comme un ordre de grandeur de cadrage, à confronter à des devis réels.

Méthodologie

Les chiffres de cet article proviennent d'une interrogation directe du corpus des audits énergétiques réglementaires publiés par l'ADEME, réalisée le 18 août 2026, sur les 777 875 audits actifs (hors audits désactivés). Le coût global est mesuré sur l'étape finale du scénario multi-étapes principal de chaque audit, lorsque le coût cumulé est renseigné et strictement positif (692 533 scénarios). Les coûts par poste agrègent les lignes de travaux individuelles à coût strictement positif, tous scénarios confondus. Médianes et quartiles sont arrondis à l'euro. Les audits sont utilisés comme source de chiffrage déclaré : leurs calculs ne sont pas rejoués.

Sources

Notre démarche complète, jeux de données, définitions et limites, est décrite dans Notre méthode.