17,4 millions de DPE : radiographie du parc français
L'essentiel. D'après notre analyse des 17 385 011 DPE actifs de la base publique ADEME, réalisée le 18 août 2026 : 8,9 % des logements diagnostiqués sont des passoires énergétiques (F ou G), la classe C domine le parc (36,8 %), un logement au fioul sur deux est une passoire, et la Bourgogne-Franche-Comté affiche le plus fort taux régional de passoires (12,9 %).
Depuis juillet 2021, chaque diagnostic de performance énergétique établi en France alimente une base publique tenue par l'ADEME. Cinq ans plus tard, ce gisement atteint 17 385 011 DPE actifs de logements : la plus grande photographie jamais assemblée du parc résidentiel français. Nous l'avons interrogée ligne à ligne. Voici ce qu'elle montre : un parc massivement concentré en milieu de gamme, un problème de passoires très inégalement réparti, et une fracture énergétique qui suit d'abord l'âge du bâti et l'énergie de chauffage.
Quelle est la répartition des étiquettes DPE en France ?
Sur les 16 827 478 DPE porteurs d'une étiquette énergétique, la distribution mesurée est la suivante :
| Classe | Nombre de DPE | Part |
|---|---|---|
| A | 809 576 | 4,8 % |
| B | 1 074 516 | 6,4 % |
| C | 6 186 734 | 36,8 % |
| D | 4 798 073 | 28,5 % |
| E | 2 454 704 | 14,6 % |
| F | 958 675 | 5,7 % |
| G | 545 200 | 3,2 % |
Deux classes, C et D, concentrent à elles seules 65,3 % du parc diagnostiqué. Les passoires énergétiques, c'est à dire les logements classés F ou G, représentent 1 503 875 DPE, soit 8,9 %. À l'autre extrémité, les classes A et B, majoritairement des constructions récentes, pèsent 11,2 %.
Une précaution de lecture s'impose : cette base recense des diagnostics, pas des logements. Un bien vendu ou reloué plusieurs fois peut y figurer plusieurs fois, et les logements jamais diagnostiqués, souvent occupés par leur propriétaire de longue date, y sont invisibles. La photographie est fidèle au marché, pas au cadastre.
Quelle énergie de chauffage produit le plus de passoires ?
L'électricité est la première énergie de chauffage du parc diagnostiqué avec 6 852 238 logements, juste devant le gaz naturel (6 642 044), loin devant les réseaux de chaleur (2 018 557) et le fioul (642 477). Mais le classement s'inverse dès qu'on regarde le taux de passoires :
- fioul domestique : 49,8 % de passoires, un logement au fioul sur deux ;
- bois en bûches : 21,8 % ;
- GPL : 14,2 % ;
- électricité : 8,2 % ;
- gaz naturel : 7,1 % ;
- réseaux de chaleur : 2,4 %.
Cas extrême, le charbon : il ne chauffe plus que 3 268 logements diagnostiqués, mais 91,3 % d'entre eux sont classés F ou G. Le fioul reste le vrai sujet de masse : avec 320 000 passoires environ, il fournit à lui seul plus d'un cinquième des logements F et G du pays alors qu'il ne chauffe que 3,8 % du parc.
L'âge du bâti, premier prédicteur de l'étiquette
Le taux de passoires décroît de façon spectaculaire avec la date de construction :
- avant 1948 : 20,7 % de passoires ;
- 1948-1974 : 11,7 % ;
- 1975-1977, premières réglementations thermiques : 5,0 % ;
- 1989-2000 : 0,8 % ;
- 2013-2021 : 0,03 %.
La rupture de 1975 se lit directement dans les données : le choc pétrolier de 1973 et la première réglementation thermique de 1974 divisent le taux de passoires par plus de deux d'une période à l'autre. Le parc d'avant 1948, 4 068 132 DPE, et celui de 1948-1974, 4 868 128 DPE, concentrent l'essentiel du problème : ces deux périodes représentent plus de 80 % des passoires françaises.
Autre enseignement : les passoires sont plus petites que la moyenne. La surface médiane des logements classés G est de 63,9 m², contre 87,6 m² pour les logements classés A. Les petites surfaces, studios et deux-pièces urbains chauffés à l'électricité, restent surreprésentées en bas de l'échelle malgré la réforme des seuils de juillet 2024.
Quelles régions comptent le plus de passoires ?
Rapporté au nombre de diagnostics, le taux de passoires dessine une France coupée en deux :
- Bourgogne-Franche-Comté : 12,9 %, premier rang national ;
- Île-de-France : 11,1 % ;
- Normandie : 10,5 % ;
- Auvergne-Rhône-Alpes : 10,3 % ;
- Centre-Val de Loire : 10,2 % ;
- puis Hauts-de-France (10,1 %) et Grand Est (9,1 %) ;
- à l'opposé, Provence-Alpes-Côte d'Azur (5,3 %), Occitanie (5,2 %) et la Corse (3,7 %) ferment la marche.
Le climat explique une partie de l'écart : la méthode de calcul intègre la rigueur hivernale, et un même bâti obtient une étiquette plus sévère en zone froide. Mais la présence de l'Île-de-France sur le podium montre que le phénomène n'est pas que climatique : le parc ancien des grandes villes, chauffé à l'électricité dans de petites surfaces, pèse lourd. Une partie de ce parc francilien est d'ailleurs sortie du statut de passoire le 1er janvier 2026 : notre mesure de la bascule du coefficient.
Combien de passoires thermiques exactement ?
Cela dépend de ce que l'on compte, et l'écart entre les sources n'est pas une erreur. Le service statistique du ministère estime le parc à 3,9 millions de passoires sur 30,9 millions de résidences principales, après extrapolation. La base des diagnostics réels, elle, en contient 1 509 576 sur 16,9 millions de logements diagnostiqués. Les logements qui ont un DPE sont nettement mieux classés que le parc français, parce qu'on diagnostique surtout ce qui se vend et se loue. Le sujet est traité dans Combien de passoires thermiques en France ?.
Ce que le 1er janvier 2027 changera à ces chiffres
Le parc de passoires perdra 184 302 logements d'un coup, sans un chantier. L'arrêté du 19 août 2026 abaisse le coefficient de conversion de l'électricité de 1,9 à 1,7 au 1er janvier 2027. Mesuré le 29 août 2026 sur 16,3 millions de DPE exploitables : 1 817 820 logements changent de lettre, le parc de passoires passe de 1 461 779 à 1 277 477, et les logements classés G de 530 675 à 443 423.
Toute statistique du parc arrêtée avant cette date décrit donc un état qui va bouger mécaniquement. Le détail par département est dans notre base ouverte sur la bascule de 2027.
Méthodologie
Les chiffres de cet article proviennent d'une interrogation directe du corpus des DPE publiés par l'ADEME (base des logements existants), réalisée le 18 août 2026. Le périmètre couvre les 17 385 011 DPE actifs de logements, hors diagnostics désactivés et hors ancien dispositif antérieur à juillet 2021 ; 16 827 478 d'entre eux portent une étiquette énergétique. Les statistiques de surface excluent les DPE d'appartements générés à partir des données de l'immeuble, dont les grandeurs de calcul décrivent l'immeuble entier, ainsi que les surfaces hors de la plage 8 à 500 m². Les taux régionaux s'appuient sur le géocodage BAN des adresses et les régions de plus de 50 000 DPE. Une passoire énergétique désigne un logement classé F ou G.
Descendre au niveau de votre secteur
Ces chiffres nationaux se déclinent territoire par territoire : l'observatoire par département publie le nombre de logements diagnostiqués, la part de passoires énergétiques et la classe la plus fréquente de chacun des 101 départements, puis commune par commune là où le parc est assez couvert pour que les pourcentages veuillent dire quelque chose.
Et pour un logement précis plutôt qu'un territoire, ouvrez l'enquête sur son DPE à partir d'une adresse ou d'un numéro ADEME : la méthode est décrite dans retrouver un DPE par adresse.
Sources
- ADEME, observatoire DPE-Audit (géré par l'ADEME avec l'appui technique du CSTB), base des DPE de logements existants, données publiques sur data.ademe.fr
- Arrêté du 31 mars 2021 relatif à la méthode de calcul 3CL-DPE 2021
- Géocodage des adresses : Base Adresse Nationale (BAN)
Notre démarche complète, jeux de données, définitions et limites, est décrite dans Notre méthode.
MonsieurDPE