MonsieurDPE

Combien de passoires thermiques en France ? 3,9 millions et 1,5 million, et les deux sont vrais

L'essentiel. Le service statistique du ministère (SDES) compte 3,9 millions de passoires thermiques au 1er janvier 2025, soit 12,7 % des 30,9 millions de résidences principales. La base publique des DPE, elle, en contient 1 509 576, soit 8,9 % des 16,9 millions de logements diagnostiqués. Les deux chiffres sont exacts : le premier est une extrapolation à l'ensemble du parc, le second un dénombrement des diagnostics réels. Leur écart apprend quelque chose : les logements qui ont un DPE sont nettement mieux classés que le parc français.

Peu de chiffres circulent autant, et de façon aussi contradictoire, que le nombre de passoires thermiques. On lit 5,2 millions, 4,8, 3,9, parfois 1,5. Ces chiffres ne se contredisent pas vraiment : ils répondent à des questions différentes, et personne ne prend le temps de dire laquelle.

Combien y a-t-il de passoires thermiques en France ?

Deux réponses, selon ce que l'on compte.

3,9 millions de résidences principales, d'après le Service des données et études statistiques du ministère (SDES), au 1er janvier 2025. C'est 12,7 % des 30,9 millions de résidences principales du pays.

1 509 576 logements, d'après la base publique des diagnostics de l'ADEME au 26 août 2026. C'est 8,9 % des 16 891 112 logements dont le DPE est en cours de validité.

Le premier chiffre décrit le parc immobilier français. Le second décrit les logements qui ont effectivement été diagnostiqués. Entre les deux, il y a environ 14 millions de logements qui n'ont pas de DPE en cours de validité, et dont personne ne connaît la classe avec certitude.

Pourquoi deux chiffres différents pour la même chose ?

Parce que l'un extrapole et l'autre dénombre.

Le SDES le dit dans sa méthode : son estimation « se fonde sur les DPE collectés par l'Ademe entre octobre 2024 et mars 2025, après extrapolation à l'ensemble du parc de logements ». Autrement dit, il part des diagnostics réels, les redresse pour corriger les biais connus, puis projette le résultat sur les 30,9 millions de résidences principales. C'est la bonne méthode pour piloter une politique publique : le législateur légifère sur le parc entier, pas sur les logements qui se trouvent avoir été vendus récemment.

Notre décompte ne redresse rien et n'extrapole rien. Il compte les dossiers un par un, dans la base publique. C'est la bonne méthode pour répondre à une question de fait : combien de diagnostics en cours de validité portent aujourd'hui la lettre F ou G. Il ne dit rien des logements sans DPE.

Aucune des deux approches n'est meilleure. Elles ne servent pas à la même chose, et les confondre produit des comparaisons absurdes.

Le parc diagnostiqué est-il représentatif du parc français ?

Non, et l'écart est systématique. En mettant côte à côte la répartition estimée par le SDES et celle que nous mesurons sur les diagnostics réels, le décalage va toujours dans le même sens.

ClasseParc estimé (SDES)Logements diagnostiquésÉcart
A3,3 %4,8 %+1,5
B5,3 %6,4 %+1,1
C27,2 %36,8 %+9,6
D33,7 %28,5 %−5,2
E17,8 %14,6 %−3,2
F7,9 %5,7 %−2,2
G4,8 %3,2 %−1,6
F et G12,7 %8,9 %−3,8

Les classes performantes sont sur-représentées parmi les logements diagnostiqués, les mauvaises sous-représentées, et cela sans exception. La classe C à elle seule pèse près de dix points de plus dans la base que dans le parc estimé.

Ce n'est pas du bruit statistique : sur 16,9 millions de dossiers, un écart de cette ampleur et de cette régularité a une cause.

Pourquoi les logements diagnostiqués sont-ils mieux classés ?

Parce qu'un DPE n'est pas obligatoire pour habiter chez soi, mais pour vendre ou pour louer. Le parc diagnostiqué est donc le parc qui bouge, et ce n'est pas le même que le parc qui dort.

Trois mécanismes se cumulent :

  • Le logement mis en vente est souvent préparé. Un propriétaire qui vend fait parfois les travaux qui améliorent l'étiquette, précisément parce que l'étiquette est devenue un argument de prix.
  • Les passoires louées ont été diagnostiquées puis retirées du marché ou rénovées. L'interdiction de louer les G depuis 2025 a poussé une partie du stock hors du parc locatif, ou vers des travaux.
  • Les logements les plus dégradés bougent le moins. Une maison ancienne occupée par son propriétaire depuis trente ans n'a aucune raison réglementaire d'avoir un DPE. Elle est absente de la base, et c'est statistiquement celle qui a le plus de chances d'être une passoire.

Le SDES corrige ces biais par redressement. Nous ne pouvons pas les corriger : nous pouvons seulement les nommer, et dire que notre décompte porte sur une population particulière.

Quel chiffre faut-il utiliser ?

Cela dépend strictement de la question posée.

  • Combien de logements français sont des passoires ?3,9 millions, le chiffre du SDES. C'est celui qui a du sens pour une politique publique, un objectif de rénovation ou un débat parlementaire.
  • Combien de diagnostics en cours de validité portent la lettre F ou G ?1 509 576, notre décompte. C'est celui qui a du sens pour un notaire, un agent immobilier, un diagnostiqueur, ou quiconque travaille sur des dossiers réels.
  • Mon logement est-il concerné ?ni l'un ni l'autre. Seule la lecture de votre dossier de calcul répond, et elle est gratuite.

Combien de passoires sortiront du statut au 1er janvier 2027 ?

Entre 184 302 et environ 490 000, et là encore les deux chiffres sont compatibles.

L'arrêté du 19 août 2026 abaisse le coefficient de conversion de l'électricité de 1,9 à 1,7 au 1er janvier 2027. La synthèse de la consultation publique du ministère estime que « cette évolution conduira effectivement à la sortie d'un certain nombre de logements du statut de passoires énergétiques (estimé à 300 000 logements) ». La presse a repris des fourchettes allant de 300 000 à 500 000.

Notre mesure, réalisée dossier par dossier sur les diagnostics réels, donne 184 302 sorties, soit 12,6 % des passoires diagnostiquées.

Les deux se rejoignent dès qu'on tient compte du périmètre. Appliqué aux 3,9 millions de passoires du parc estimé, notre taux de 12,6 % donnerait de l'ordre de 490 000 sorties. C'est le haut de la fourchette qui circule, et cela suppose que les logements non diagnostiqués réagissent comme les autres, ce qui n'est pas démontré : ils sont plus dégradés, donc probablement plus éloignés des seuils, et moins souvent chauffés à l'électricité.

Nous publions le chiffre que nous pouvons vérifier, et nous disons ce qu'il ne couvre pas. Le détail figure dans Passoires thermiques : ce que le 1er janvier 2027 déplace vraiment, et le décompte département par département dans notre base ouverte.

Pourquoi le chiffre baisse-t-il d'année en année ?

Parce que les réformes du calcul comptent autant que les travaux. Le SDES attribue près de 40 % de la baisse constatée entre 2024 et 2025 à la seule réforme du calcul pour les petites surfaces, entrée en vigueur en juillet 2024.

Depuis, deux autres changements de convention sont intervenus ou vont intervenir : le coefficient de l'électricité passé de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026, puis de 1,9 à 1,7 au 1er janvier 2027. Une part importante de la baisse du nombre de passoires ne correspond donc à aucun mur isolé ni à aucune chaudière remplacée.

C'est un fait, pas une critique : ces révisions rapprochent le calcul de la réalité du mix électrique français. Mais toute lecture d'une série sur plusieurs années doit en tenir compte, sous peine de prendre une convention pour un progrès.

Sources et méthode

Les chiffres du parc estimé viennent du SDES, Le parc de logements par classe de performance énergétique au 1er janvier 2025, qui précise s'appuyer sur les DPE collectés d'octobre 2024 à mars 2025 après extrapolation à l'ensemble du parc.

Nos décomptes portent sur la base publique des diagnostics de performance énergétique de l'ADEME, version du 26 août 2026, restreinte aux DPE de logements en cours de validité, hors DPE 2012 et hors diagnostics remplacés ou désactivés, soit 16 891 112 dossiers. Aucun redressement, aucune extrapolation.

L'estimation de 300 000 sorties au 1er janvier 2027 est citée par la synthèse de la consultation publique du projet d'arrêté, menée du 9 juillet au 6 août 2026.

Pour aller plus loin