Passoires thermiques : ce que le 1er janvier 2027 déplace vraiment
L'essentiel. Le 1er janvier 2027, le coefficient de conversion de l'électricité passe de 1,9 à 1,7 (arrêté du 19 août 2026). Nous avons mesuré l'effet sur 16 291 783 DPE de logements en cours de validité, soit 96,5 % du parc diagnostiqué. Résultat : 1 817 820 logements changent de lettre et 184 302 quittent le statut de passoire énergétique, sans travaux. Le fait le plus notable n'est pas le volume : c'est que le gaz naturel devient à cette date le premier vecteur des passoires thermiques, devant l'électricité.
Une réforme de coefficient ne se raconte pas, elle se compte. Nous avons donc appliqué le nouveau facteur de conversion à l'ensemble des diagnostics de performance énergétique en cours de validité publiés par l'ADEME, et regardé lesquels traversent un seuil.
Le chiffre global
Sur les 16 291 783 logements mesurés :
| Effet au 1er janvier 2027 | Logements |
|---|---|
| Changent de classe | 1 817 820 |
| dont gagnent deux classes ou plus | 2 757 |
| Quittent le statut de passoire (F ou G vers E ou mieux) | 184 302 |
| Sortent de la classe G | 87 252 |
| Classe énergie améliorée mais étiquette bloquée par le GES | 244 261 |
Le parc de passoires passe de 1 461 779 à 1 277 477 logements, soit une baisse de 12,6 % obtenue sans un seul chantier. Les logements classés G passent de 530 675 à 443 423.
La baisse de consommation reste modeste pour la plupart des dossiers : 3,05 kWh/m²/an en médiane, 9,51 en moyenne. L'écart entre les deux dit tout de la distribution : l'immense majorité des logements bouge à peine, une minorité très électrique bouge beaucoup.
À titre de comparaison, la bascule précédente (2,3 vers 1,9, au 1er janvier 2026) a fait sortir 389 698 logements du statut de passoire. Ce chiffre-là ne doit rien à un modèle : l'ADEME publie pour chaque dossier l'étiquette calculée sous l'ancien et sous le nouveau coefficient, il suffit de les compter. Celle de 2027 est environ deux fois plus petite, ce qui correspond à l'écart entre les deux baisses : 17,4 % de la part électrique en 2026, 10,5 % en 2027.
Quelle énergie chauffe le plus de passoires thermiques en 2027 ?
Le fait le plus intéressant de la mesure n'apparaît que si l'on regarde le parc par énergie de chauffage.
| Énergie de chauffage | Passoires avant | Passoires après | Écart |
|---|---|---|---|
| Électricité | 537 848 | 372 398 | −165 450 |
| Gaz naturel | 459 643 | 449 527 | −10 116 |
| Fioul domestique | 317 308 | 315 465 | −1 843 |
| Bois bûches | 71 419 | 67 993 | −3 426 |
| Réseau de chaleur | 48 023 | 45 691 | −2 332 |
Aujourd'hui, l'électricité est le premier vecteur des passoires thermiques françaises. Au 1er janvier 2027, elle passe derrière le gaz naturel. Le classement des énergies les plus représentées dans le parc de passoires s'inverse par le seul effet d'une ligne de calcul.
Cela dit quelque chose de la nature du problème : une partie de ce qui était compté comme mauvaise performance énergétique était en réalité une convention de conversion. L'autre partie, celle des combustibles, ne bouge pas, parce qu'elle tient au bâti et aux émissions.
Pourquoi seuls les logements électriques changent-ils d'étiquette ?
Le mécanisme est arithmétique : seule l'électricité porte un coefficient différent de 1. Plus un logement en consomme, plus la conversion le déplace.
| Énergie de chauffage | Logements | Changent de classe |
|---|---|---|
| Électricité | 6 549 500 | 25,3 % |
| Bois bûches | 327 690 | 10,2 % |
| Bois granulés | 157 998 | 9,2 % |
| Réseau de chaleur | 1 969 699 | 2,2 % |
| Fioul domestique | 637 724 | 1,0 % |
| Gaz naturel | 6 466 132 | 0,9 % |
| GPL | 87 995 | 0,9 % |
Les logements au bois occupent une position intermédiaire qui s'explique : leur part électrique moyenne est de 0,31, parce que l'eau chaude sanitaire et les appoints y sont souvent électriques.
Sur les 184 302 sorties du statut de passoire, 165 450 concernent des logements chauffés à l'électricité, soit 90 % du total.
Où sont ces logements
La géographie de la réforme est celle du chauffage électrique : le Sud, les Alpes et la façade atlantique bougent, l'Est et le Nord ne bougent pas.
Les départements où la proportion de logements reclassés est la plus forte :
| Département | DPE mesurés | Changent de classe |
|---|---|---|
| Alpes-de-Haute-Provence (04) | 39 947 | 19,6 % |
| Hautes-Alpes (05) | 41 139 | 18,1 % |
| Pyrénées-Orientales (66) | 108 688 | 17,6 % |
| Aude (11) | 82 774 | 17,6 % |
| Vaucluse (84) | 120 918 | 17,5 % |
| Haute-Corse (2B) | 25 763 | 16,9 % |
| Var (83) | 265 656 | 16,4 % |
| Vendée (85) | 141 784 | 16,1 % |
| Charente-Maritime (17) | 162 151 | 16,0 % |
Les départements les moins concernés :
| Département | DPE mesurés | Changent de classe |
|---|---|---|
| Moselle (57) | 247 967 | 5,4 % |
| Territoire de Belfort (90) | 34 641 | 6,5 % |
| Haut-Rhin (68) | 146 735 | 6,6 % |
| Seine-Saint-Denis (93) | 454 188 | 7,1 % |
| Ardennes (08) | 59 055 | 7,3 % |
Le Grand Est et la petite couronne parisienne sont massivement raccordés au gaz ou aux réseaux de chaleur urbains, qui ne bénéficient quasiment pas de la mesure.
En valeur absolue, c'est Paris qui concentre le plus de sorties de passoire, avec 25 449 logements, loin devant les Hauts-de-Seine (6 017) et le Rhône (5 440). Paris cumule deux facteurs : un parc de petites surfaces souvent chauffées à l'électricité, et des seuils de classe rehaussés pour les logements de moins de 40 m², qui rendent la marge au seuil plus étroite.
Pourquoi un logement peut-il gagner en consommation sans changer d'étiquette ?
244 261 logements verront leur classe énergie s'améliorer sans changer d'étiquette. L'étiquette d'un DPE est la plus mauvaise des deux échelles, celle de la consommation et celle des émissions de gaz à effet de serre. Le coefficient d'énergie primaire ne touche pas aux émissions. Pour ces logements, le gain existe sur une échelle et disparaît sur l'autre.
Ce sont, pour l'essentiel, les logements dont le GES commande l'étiquette : fioul, gaz, propane. Pour eux, aucune isolation ne suffit ; seul un changement de générateur déplace l'étiquette.
Les logements qui passent tout près
C'est le résultat le plus actionnable de la mesure. Parmi les logements qui restent classés F après le 1er janvier 2027 et dont c'est bien la consommation qui les y maintient :
| Distance au seuil de sortie (330 kWh/m²/an) | Logements |
|---|---|
| Moins de 5 kWh/m²/an | 39 445 |
| De 5 à 15 kWh/m²/an | 74 106 |
| De 15 à 30 kWh/m²/an | 98 032 |
| Plus de 30 kWh/m²/an | 261 791 |
39 445 logements resteront donc passoires à moins de 5 kWh/m²/an près, soit moins de 1,5 % de leur consommation. À ce niveau, l'écart ne se joue pas sur des travaux : il se joue sur une valeur du dossier. Un DPE retient régulièrement des valeurs par défaut lorsque le diagnostiqueur n'a pas pu mesurer ou justifier une caractéristique (l'isolation d'un mur, l'année d'un système de ventilation, la performance d'un vitrage). Ces valeurs forfaitaires sont volontairement pénalisantes. Les faire corriger ne coûte rien et peut suffire, à ce niveau de marge, à faire basculer l'étiquette.
C'est le sens de notre rapport gratuit : identifier, dossier par dossier, les valeurs qui ont été reprises par défaut plutôt que mesurées.
Pourquoi ce chiffre est plus bas que celui du ministère ?
Parce qu'il ne porte pas sur le même parc. La synthèse de la consultation publique du projet d'arrêté estime la sortie à « 300 000 logements », et la presse a repris des fourchettes allant jusqu'à 500 000. Notre mesure donne 184 302. Les deux sont compatibles.
Le ministère raisonne sur le parc de résidences principales, que le service statistique du logement évalue à 30,9 millions dont 3,9 millions de passoires au 1er janvier 2025, après extrapolation. Nous comptons sur les diagnostics réels : 16,9 millions de logements diagnostiqués, dont 1,5 million de passoires. Environ quatorze millions de logements n'ont pas de DPE en cours de validité, et leur classe n'est connue de personne.
Rapporté à sa base, notre taux de sortie est de 12,6 % des passoires diagnostiquées. Appliqué aux 3,9 millions du parc estimé, il donnerait de l'ordre de 490 000 sorties, ce qui recoupe la fourchette annoncée. Nous publions le décompte que nous pouvons vérifier dossier par dossier, et nous disons ce qu'il ne couvre pas.
Ce sujet est traité en entier dans Combien de passoires thermiques en France ?, qui montre au passage que les logements diagnostiqués sont nettement mieux classés que le parc français.
Notre méthode, et ses limites
Nous publions la méthode parce qu'un chiffre invérifiable ne vaut rien.
La source. La base publique des DPE de l'ADEME, version du 26 août 2026, restreinte aux DPE de logements en cours de validité, hors DPE 2012 et hors diagnostics remplacés ou désactivés, soit 16 891 112 dossiers. La mesure porte sur 16 291 783 d'entre eux, soit 96,5 % ; les 3,5 % écartés sont les dossiers dont la surface manque ou dont le rapport entre énergie primaire et énergie finale est incohérent.
Le calcul. La base publie la consommation en énergie primaire déjà convertie au coefficient en vigueur, et la consommation en énergie finale, qui ne dépend d'aucun coefficient. Comme un seul vecteur porte un coefficient différent de 1, la part électrique de chaque logement se déduit exactement du rapport entre les deux, sans hypothèse. On reconvertit ensuite au coefficient de 2027. Le rapport est pris sur les consommations totales et non sur les valeurs au mètre carré : ces dernières sont arrondies à l'entier dans 71 % des dossiers, et un demi kilowattheure suffit à déplacer un logement assis sur un seuil.
Les seuils. Ils ne sont recopiés d'aucun texte : ils sont mesurés sur la base elle-même, en observant la relation entre consommation publiée et classe publiée. Cette mesure établit que les frontières A/B, B/C, C/D et D/E valent 70, 110, 180 et 250 kWh/m²/an partout, sans modulation. Les frontières E/F et F/G valent 330 et 420, sauf au-dessus de 800 mètres d'altitude où elles passent à 390 et 500, mais pas dans les zones climatiques méditerranéennes H2c et H3, qui restent à 330 et 420. Sous 40 m², tous les seuils sont relevés, d'autant plus que le logement est petit.
La validation. La même mécanique, reconversion comprise, a été rejouée sur la bascule précédente (2,3 vers 1,9), dont l'ADEME publie le résultat officiel. Notre reconstruction retrouve la classe publiée dans 99,77 % des cas. Elle reconstitue 2 705 616 changements de classe contre 2 700 286 réels (écart de 0,20 %) et 381 368 sorties du statut de passoire contre 378 800 réelles (écart de 0,68 %). Ces deux derniers chiffres portent sur les seuls dossiers retenus par notre mesure, et non sur l'ensemble des dossiers comparables : c'est pourquoi ils sont inférieurs aux 389 698 sorties constatées plus haut. C'est cette validation, et elle seule, qui autorise à publier la projection 2027.
Les limites. Il s'agit d'une projection à réglementation constante. Elle suppose que les seuils de classe ne bougent pas d'ici au 1er janvier 2027, ce que l'arrêté du 19 août 2026 ne prévoit pas de modifier. Elle ne préjuge pas de la date à laquelle l'ADEME recalculera sa base publique. Et elle reste une projection : l'écart résiduel mesuré sur la bascule précédente, de l'ordre de 0,7 % sur les sorties de passoire, s'applique aussi à celle-ci.
Pour aller plus loin
- DPE 2027 : ce que change l'arrêté du 19 août 2026
- Combien de passoires thermiques en France ?
- L'impact département par département, tableau complet ouvert à la reprise
- DPE 2026 : 390 000 passoires reclassées sans travaux
- Le coefficient d'énergie primaire, expliqué
- Les valeurs reprises par défaut dans un DPE
Mesures réalisées le 29 août 2026 sur la base publique ADEME du 26 août 2026. Arrêté du 19 août 2026, NOR VLOL2617030A, JORF n°0198 du 26 août 2026.
MonsieurDPE