MonsieurDPE

Comment se calcule un DPE : énergie finale, énergie primaire et GES

L'essentiel. Un DPE part d'un seul calcul physique, la consommation d'énergie du logement, et en tire trois chiffres différents. L'énergie finale est celle du compteur, celle que vous payez. L'énergie primaire est la précédente multipliée par un coefficient de conversion : 1,7 pour l'électricité à partir du 1er janvier 2027, 1 pour tous les autres vecteurs. Les émissions de GES sont la même énergie finale multipliée par le contenu carbone du combustible. L'étiquette affichée retient la plus mauvaise des deux dernières échelles. Mesuré sur 16,3 millions de DPE : un logement chauffé à l'électricité consomme 100 kWh/m²/an au compteur et son DPE en affiche 185.

Le DPE est souvent lu comme une note unique. C'est en réalité un calcul qui produit trois grandeurs distinctes, exprimées dans trois unités différentes, et dont deux seulement donnent une lettre. Comprendre laquelle est laquelle évite deux erreurs coûteuses : croire que son DPE décrit sa facture, et attendre d'une réforme un gain qu'elle ne peut pas produire.

Quels sont les trois chiffres d'un DPE ?

Un DPE porte trois grandeurs calculées à partir de la même consommation physique du logement. La première est l'énergie finale, exprimée en kWh par mètre carré et par an : c'est l'énergie qui entre dans le logement, celle que compte le compteur et que vous payez. La deuxième est l'énergie primaire, dans la même unité, obtenue en multipliant la première par un coefficient de conversion propre à chaque vecteur. La troisième est la quantité d'émissions de gaz à effet de serre, en kilogrammes de CO₂ par mètre carré et par an, obtenue en multipliant l'énergie finale par le contenu carbone du combustible.

Seules les deux dernières donnent une étiquette de A à G. L'énergie finale, elle, n'apparaît pas sur la réglette de couleurs, alors que c'est la seule des trois qui corresponde à quelque chose de directement vérifiable par l'occupant.

Comment se calcule un DPE, étape par étape ?

Le calcul suit quatre étapes, et les trois chiffres se séparent seulement à la fin. La méthode réglementaire 3CL-DPE 2021 procède ainsi :

  1. Les déperditions. Le calcul estime la chaleur que le bâtiment perd, paroi par paroi : murs, planchers, toiture, fenêtres, ponts thermiques, renouvellement d'air. Cela donne le besoin de chauffage, en kWh par an.
  2. Les consommations. Le besoin est divisé par le rendement des équipements (chaudière, pompe à chaleur, convecteurs), puis on y ajoute l'eau chaude sanitaire, l'éclairage, la ventilation et le refroidissement. On obtient la consommation en énergie finale des cinq usages.
  3. La conversion en énergie primaire. La consommation finale est multipliée par le coefficient de conversion de son vecteur. Cela donne la consommation en énergie primaire, qui décide de l'étiquette énergie.
  4. Le calcul des émissions. La même consommation finale est multipliée par le contenu carbone du vecteur. Cela donne les émissions de GES, qui décident de l'étiquette climat.

Les étapes 3 et 4 partent toutes les deux de l'étape 2, mais avec deux multiplicateurs indépendants. C'est ce point qui explique la plupart des malentendus sur le DPE.

Qu'est-ce que l'énergie primaire ?

L'énergie primaire est l'énergie prélevée sur les ressources naturelles avant transformation et transport, pour livrer un kilowattheure chez vous. Produire et acheminer de l'électricité consomme de l'énergie en amont : le coefficient de conversion en rend compte. Pour les combustibles livrés tels quels (gaz, fioul, bois, granulés, propane), la réglementation retient un coefficient de 1 : un kilowattheure consommé compte pour un kilowattheure primaire. Pour l'électricité seule, le coefficient est supérieur à 1.

Ce coefficient a changé deux fois en deux ans. Il valait 2,3 jusqu'au 31 décembre 2025, il vaut 1,9 depuis le 1er janvier 2026 (arrêté du 13 août 2025), et il passera à 1,7 le 1er janvier 2027 (arrêté du 19 août 2026). Chaque révision suit l'évolution du mix de production électrique français. Le détail de la dernière est dans notre article DPE 2027 : ce que change l'arrêté du 19 août 2026.

Pourquoi mon DPE affiche-t-il plus que ma consommation réelle ?

Parce que l'étiquette porte l'énergie primaire, pas l'énergie du compteur. Sur un logement chauffé à l'électricité, l'écart est proche du coefficient lui-même. Mesuré sur les 6 549 500 DPE de logements électriques de la base publique : la consommation finale médiane est de 100 kWh/m²/an, et la consommation affichée sur l'étiquette de 185. Le logement n'a pas consommé 185 kilowattheures par mètre carré, il en a consommé 100.

Sur un logement au gaz, l'écart est presque nul, parce que le coefficient vaut 1. Le peu d'écart qui subsiste vient de l'électricité que consomme tout logement pour son éclairage, ses auxiliaires et parfois son eau chaude.

Une seconde raison existe pour les DPE établis avant 2026 : l'ADEME recalcule sa base publique à chaque changement de coefficient, sans refaire les diagnostics. Un DPE imprimé en 2023 porte donc une valeur convertie à 2,3, quand la base en ligne affiche la même situation convertie à 1,9.

Un logement au gaz consomme-t-il moins qu'un logement électrique ?

Non, et c'est l'effet le plus contre-intuitif du DPE : le logement au gaz consomme plus d'énergie tout en affichant une consommation plus basse. Voici les valeurs médianes mesurées le 29 août 2026 sur 16 291 783 DPE de logements en cours de validité.

Énergie de chauffageLogementsCompteur (finale)Étiquette (primaire)RapportCoût annuel
Électricité6 549 500100 kWh/m²/an185 kWh/m²/an1,901 001 €
Gaz naturel6 466 132152 kWh/m²/an163 kWh/m²/an1,061 047 €
Réseau de chaleur1 969 699142 kWh/m²/an154 kWh/m²/an1,06845 €
Fioul domestique637 724252 kWh/m²/an271 kWh/m²/an1,062 985 €
Bois bûches327 690163 kWh/m²/an211 kWh/m²/an1,291 496 €
Bois granulés157 998127 kWh/m²/an161 kWh/m²/an1,221 402 €
GPL87 995168 kWh/m²/an181 kWh/m²/an1,062 113 €

Le logement médian au gaz consomme 52 % d'énergie de plus au compteur que le logement médian à l'électricité, et son DPE affiche pourtant 12 % de moins. Leurs factures, elles, sont presque identiques : 1 047 euros contre 1 001.

Les logements au bois occupent une position intermédiaire, avec un rapport de 1,29 : leur eau chaude et leurs appoints sont souvent électriques.

Sur l'ensemble du parc, 5 478 166 logements, soit 33,6 %, affichent une consommation au moins 1,85 fois supérieure à celle de leur compteur.

Qu'est-ce qui décide de l'étiquette, l'énergie ou le GES ?

L'étiquette affichée est toujours la plus mauvaise des deux, et le vecteur de chauffage détermine laquelle des deux commande. Voici, par énergie de chauffage, la part des logements dont l'étiquette est fixée par les émissions plutôt que par la consommation.

Énergie de chauffageLe GES décideL'énergie décideLes deux à égalité
Fioul domestique59,7 %3,8 %36,6 %
GPL54,4 %5,1 %40,5 %
Propane47,0 %7,4 %45,5 %
Gaz naturel41,2 %4,2 %54,7 %
Réseau de chaleur17,7 %38,5 %43,8 %
Électricité3,7 %84,9 %11,4 %
Bois bûches0,3 %93,6 %6,1 %

La lecture est nette. Un logement au fioul est presque toujours tenu par ses émissions : 0,324 kilogramme de CO₂ par kilowattheure, contre 0,079 pour l'électricité de chauffage et 0,030 pour le bois. Aucune isolation ne le sortira du bas de l'échelle, seul un changement de générateur le fera. À l'inverse, un logement électrique ou au bois est presque toujours tenu par sa consommation : pour lui, isoler fonctionne.

C'est la première question à se poser avant d'envisager des travaux, et elle se lit directement dans le dossier de calcul.

Le coefficient d'énergie primaire change-t-il les émissions de GES ?

Non. Le coefficient de conversion en énergie primaire n'a aucun effet sur les émissions de gaz à effet de serre, ni sur les déperditions du bâtiment. Il intervient à la troisième étape du calcul, après que la physique du bâtiment a produit la consommation finale. Les émissions se calculent à la quatrième étape, à partir de cette même consommation finale mais avec le contenu carbone du vecteur, que la réforme ne modifie pas.

Sur un logement chauffé à l'électricité consommant 100 kWh/m²/an au compteur :

Jusqu'au 31/12/2026À partir du 01/01/2027
Déperditionsinchangéesinchangées
Consommation finale100 kWh/m²/an100 kWh/m²/an
Consommation primaire190 kWh/m²/an170 kWh/m²/an
Émissions de GES7,9 kgCO₂/m²/an7,9 kgCO₂/m²/an

C'est la raison pour laquelle une baisse du coefficient ne profite qu'aux logements dont l'étiquette est commandée par l'énergie. Pour les autres, l'axe énergie s'améliore et l'étiquette ne bouge pas, parce que le GES la retient.

Que change une baisse du coefficient d'énergie primaire ?

Elle abaisse la consommation affichée des logements électriques, sans modifier ni le bâtiment, ni la facture, ni les émissions. Un coefficient qui passe de 1,9 à 1,7 réduit de 10,5 % la part électrique de la consommation en énergie primaire. Les seuils des classes, eux, ne bougent pas : 70, 110, 180, 250, 330 et 420 kWh/m²/an pour un logement de 40 m² ou plus situé en dessous de 800 mètres d'altitude. Une partie des logements traverse donc un seuil vers le bas.

Nous avons mesuré l'effet de la bascule du 1er janvier 2027 sur l'ensemble du parc : 1 817 820 logements changent de lettre et 184 302 quittent le statut de passoire énergétique, dont 90 % de logements chauffés à l'électricité. Le détail figure dans Passoires thermiques : ce que le 1er janvier 2027 déplace vraiment.

Ce que cette baisse ne change pas mérite d'être dit aussi clairement : elle ne réduit ni la consommation réelle, ni la facture, ni les émissions du logement. Elle corrige une convention de conversion, pas une performance.

Comment savoir de quel axe dépend mon étiquette ?

En lisant les deux valeurs du dossier de calcul, qui est public pour tout DPE. Chaque diagnostic transmis à l'ADEME porte sa consommation en énergie primaire et ses émissions, avec la classe associée à chacune. Si la classe GES est plus mauvaise que la classe énergie, c'est le GES qui commande l'étiquette, et aucun geste d'isolation ne la déplacera tant que le générateur reste le même. Si c'est l'inverse, l'isolation et la ventilation agissent directement dessus.

Donnez votre numéro de DPE ou votre adresse et nous affichons les deux axes, la marge qui vous sépare du seuil suivant, et les valeurs du dossier qui ont été reprises par défaut plutôt que mesurées.

Sources et méthode

Les coefficients de conversion et les contenus carbone sont fixés par l'arrêté du 31 mars 2021 relatif au DPE des logements, modifié par l'arrêté du 13 août 2025 puis par l'arrêté du 19 août 2026 (NOR VLOL2617030A, JORF n°0198 du 26 août 2026) pour le coefficient de l'électricité.

Les valeurs chiffrées sont mesurées le 29 août 2026 sur la base publique des DPE de l'ADEME, version du 26 août 2026, restreinte aux 16 291 783 diagnostics de logements en cours de validité dont la consommation finale et la consommation primaire sont toutes deux disponibles et cohérentes, soit 96,5 % du parc diagnostiqué. Les valeurs citées sont des médianes, et les coûts annuels sont ceux que le DPE lui-même estime, non des factures relevées.

Pour aller plus loin